samedi 24 octobre 2009
Trèbizi
Je n'ai rien posté depuis un moment parce que je suis un peu débordé: Amsterdam Dance Event, politique, université... Je suis ce dimanche à «I Am Not A Tourist» à la Bourse de Berlage.
vendredi 16 octobre 2009
Unidad e Amor
J'ai une amie brésilienne qui déteste les masques africains que j'ai chez moi (tout comme Lewis en a peur) parce qu'elle pense qu'ils sont habités par les démons. Elle est membre de l'Église évangélique, la même que Lewis, et m'a raconté qu'elle a la foi mais que Dieu est parfois bien loin d'elle. Dans son église lusophone, elle chante tous les dimanches en espérant que Dieu l'entende.
Je lui ai raconté l'expérience mystique que j'ai eu à Strasbourg quand j'étais encore jeune homme et pourquoi, à mon avis, elle n'avait pas à avoir peur de ces (beaux) morceaux de bois accrochés au mur. Elle m'a dit que je suis un privilégié, et que clairement Dieu se fout de la sexualité, le genre, la race ou le statut social des gens.
Mon trip mystique? C'était il y a une quinzaine d'années, j'étais étudiant. J'étais au lit, je ne dormais pas, et tout à coup j'ai senti une lumière à l'intérieur de moi avec une sorte de message non verbal. En gros ça disait que l'amour était partout, que j'en faisais partie, et que tout était dans tout. Pour paraphraser les prêtres noirs américains, Dieu était Unité et Amour (Unity & Love). J'étais assez perturbé car je n'ai jamais eu ce genre d'expérience. Je précise que je n'avais pas bu d'alcool, rien mangé de spécial et pris aucune drogue.
J'en ai parlé à des amis, certains m'ont conseillé d'aller voir un prêtre. Le curé de l'Église catholique pas loin de chez m'a servi un discours sur la foi et l'obéissance au Pape. Je m'y attendais un peu mais j'étais quand même très déçu. J'ai été à la messe dans une Église de village et j'ai eu un peu le même discours: si vous croyez, il faut obéir à l'Église. Non merci...
J'en ai parlé à des protestants que je connaissais qui m'ont conseillé un prêtre protestant. Histoire un peu moins basée sur le pouvoir mais tournée autour de la Bible. Bof.
J'ai lu le Coran, plusieurs livres sur le Coran. Des musulmans m'ont bourré le chou sur Allah et son Livre sacré, le Prophète, la Soumission, les cinq prières, le mépris envers les gays, les mécréants et les chiens. Non merci.
L'éducation laïque de mes parents ne m'avait pas préparé à ce court événement, mais par contre m'avait armé mentalement contre les religions établies, aussi affûtés que soient leurs arguments. Finalement la mère d'un copain, elle même assez mystique genre mix soufi catholique personnel (elle n'est probablement pas la seule), m'a dit de le garder bien au chaud, et que je verrais où ça m'emmènerait quand je serais prêt, probablement en toute solitude.
Au fil des ans, je suis resté intéressé à la question. J'ai lu pas mal de textes sur l'illumination divine, sur des cas d'hystérie ou de délire psychotique. Depuis, je ne sais pas trop qu'en penser. Le fait est que ça arrive partout, à toutes sortes de gens avec plein de cultures différentes, sans autre explication que le doigt de Dieu ou une intuition rapide de l'Unité de la Terre (certains diront que c'est la même chose). Les athées parlent d'accident cérébral. Je n'ai aucun moyen de savoir ce qui s'est vraiment passé.
Les seuls moments où je m'approche de très très loin de ces quelques instants d'illumination intérieure, c'est une fois tous les quatre ou cinq ans, avec de la musique, dans un club où il y a le bon mélange de gens et de musique. L'art est un des chemins les plus courts et rapides vers le divin, chez moi c'est la musique. La House permet, je pense, l'unité des danseurs, la mise en transe par les rythmes répétitifs et l'élévation par les mélodies et les harmonies. Mais j'imagine très bien que cela puisse arriver selon d'autres méthodes avec des gens différents prédisposés différemment par leur culture personnelle.
Alors pour ceux qui n'avaient pas encore compris ce que je cherche avec la musique ou mes activités militantes, voilà une explication à la fois superficielle et totalement disco: je cherche l'unité et l'amour. Lewis ne me prend pas au sérieux car je dis des gros mots, je m'en fous que les autres prennent de la drogue et que j'ai des masques africains au mur.
Je crois que, depuis, ma copine brésilienne a un peu peur de moi. Elle me trouvait bizarre, maintenant qu'elle pense que j'ai été touché par Dieu, même très brièvement et il y a longtemps. Elle me parle de son Église, du fait qu'elle pense que ses coreligionnaires se trompent en insistant sur l'exclusion des gays ou des autres religions. Maintenant elle voudrait m'emmener voir ses amis lusophones évangélistes à Rotterdam. Dès qu'elle me voit elle lève les bras en souriant et me dit « Unidad e Amor ». Je crois que je me suis mis dans un sacré pétrin en lui racontant tout ça...
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dimanche 27 septembre 2009
Dimanche sans voitures
Voici une petite vidéo envoyée par mon frère, Babozor, qui est à l'avant-garde du cyclisme parisien, toujours à fouiner ailleurs ce qui s'y passe. Je suis surpris chaque année par l'agressivité des opposants au Dimanche sans voitures, comme si la domination des bagnoles le reste de l'année était en danger parce qu'un seul jour on passait à autre chose. J'ai personnellement adoré pouvoir profiter un peu de la ville dans la violence de tous ces monstres rugissants: on découvre alors à quel point les voitures engendrent du stress, du bruit et de la pollution. J'ai aussi beaucoup aimé (et je ne suis pas le seul!) le Nazomer Festival sur Albert Cuyp, la présentation de tous ces véhicules électriques, mais aussi le ParkArt, dans le Centre.
Le Dimanche sans voitures tombait le jour de la Fête du sucre musulmane. Beaucoup de gens sont venus me raconter qu'ils étaient révoltés qu'on ait payé le taxi aux musulmans, alors que la ville est équipée en transports en commun et qu'y faire du vélo (surtout ce jour là) est un plaisir. C'est effectivement un peu gênant.

Deze video heb ik van mijn broer gekregen. Babozor is in de Parijse avant-garde als het gaat over fietsen en hij kijkt altijd naar wat in het buitenland gebeurt. Elk jaar verbaas ik me door de agressiviteit van de tegenstanders van de Autoloze zondag, alsof de overheersing van de auto's de rest van het jaar in gevaar zou gebracht worden door die ene dag. Ik heb zelf erg genoten van een stad zonder het geweld van brullende monsters: pas dan ontdek je tot hoeveel stress, lawaai en vervuiling auto's leiden. Ik heb ook (en ik ben niet de enige) het Nazomer Festival op de Albert Cuypmarkt erg leuk gevonden, alsmede de presentatie van de elektrische vervoermiddelen en ParkArt in het Centrum.
De Autoloze zondag was op dezelfde dag als het Suikerfeest van de Moslims. Veel mensen kwamen me vertellen hoe geshockeerd ze erover waren dat moslims een taxi betaald kregen, terwijl de stad is voorzien van openbaar vervoer en dat er veilig gefietst kan worden, met name op een dergelijke autoloze zondag. Het is inderdaad vrij gênant.
vendredi 25 septembre 2009
In het Nederlands
Hier j'avais plusieurs entretiens avec des gens assez importants, avec pour certains un grand pouvoir au sein de la machine politique amstellodamoise. Cela m'a fait très plaisir de parler à bâtons rompus du pays, de la politique, des élections, du parti... La ligne rouge de ces entretiens est que je suis trop réservé. « On adore ton blogue et tes articles, dommage que l'Amstellodamois lambda ne puisse pas le lire en néerlandais. Il va falloir que tu t'y mettes et que tu envoies des articles à la presse locale et nationale, vraiment. »
J'ai donc décidé de me diriger à long terme vers un blogue bilingue. Je vais commencer en intégrant des résumés en néerlandais. Ceci est le premier de cette future série. Qu'on me pardonne mes fautes et mes gallicisme. Les corrections bienveillantes sont toujours les bienvenues.
Gisteren had ik een aantal gesprekken met vrij belangrijke mensen, waarvan sommigen met de nodige invloed in de Amsterdamse politieke machine. Het was erg leuk om frank en vrij over het land, de politiek, de verkiezingen en de partij te kunnen praten... De rode draad was dat ik te terughoudend ben geweest. "We houden van je blog en van je artikelen, jammer dat de gewone Amsterdammer dit niet in het Nederlands kan lezen. Het wordt tijd dat je ook in het Nederlands gaat schrijven, en dat je artikelen aan de lokale en nationale pers stuurt. Echt waar."
Ik heb dus besloten op lange termijn Kreukreuscopie tweetalig te maken. Dit is dus de eerste bijdrage van een toekomstige serie in die trant. Wees tolerant jegens mijn fouten en gallicismen. Welwillende correcties zijn altijd welkom.
« Les Belges assimilent mieux que les Néerlandais »

Mercredi, après les assises de l'interculturalité, j'ai été papoter avec une journaliste très sympa du journal chrétien progressiste néerlandais Trouw, Leonoor Kuijk. On a beaucoup parlé d'enseignement, de l'école mélangée où elle avait mis ses mômes à Amsterdam, de ses difficultés à trouver une école convenable à Bruxelles, mélangée, si possible francophone afin que ses enfants deviennent bilingues, et d'un niveau suffisant. Il en est sorti une interview. On a abordé les thèmes plus longuement et en détail que ce que l'article présente, mais c'est toujours comme ça avec les médias: ils n'ont pas non plus dix pages pour un entretien. Trouw est un des journaux qui nous a le plus inspirés pour Minorités, avec son design sobre et efficace. Une traduction à la va-vite pour les curieux...
Malgré tous ses problèmes, la Belgique est plus à même d'intégrer les étrangers dans la société que les Pays-Bas, pense le sociologue français Laurent Chambon.
Chambon est un sociologue français qui vit aux Pays-Bas depuis 1998. Depuis 2006 il est élu pour le Parti travailliste dans l'arrondissement amstellodamois du Vieux-Sud. Il travaille à un projet sur les médias des minorités pour l'Université de Poitiers.
Il était une des personnes invitées à parler lors du congrès pour améliorer l'interculturalité en Belgique. Ce congrès est le premier d'une série de débats qui sont organisés par le gouvernement belge dans le semestre qui vient afin de regarder quelles sont les conditions d'une société ouverte et pluriforme.
La venue de telles assises est dans l'accord de gouvernement de mars 2008. Mais ils ont commencé seulement cette semaine parce qu'il fallait que les élections parlementaires des parlements flamands et wallons ait eu lieu. Sans quoi elles auraient été trop politisées, a expliqué Joëlle Miquet, la ministre fédérale de l'égalité des chances.
Entretemps, le thème de l'intégration est devenue tout aussi politiquement sensible. Tous les intervenants ont insisté sur le fait qu'ils ne voulaient pas parler du voile, car cela dégraderait la discussion. En même temps, personne ne peut éviter le sujet. Les manifestations et les discussions qui ont suivi l'interdiction du foulard dans deux athénées d'Anvers sont encore trop fraîches pour cela.
Laurent Chambon a été sollicité afin de nourrir les participants de son expérience des deux pays voisins. Il s'est montré légèrement amusé du fait que le gouvernement belge essaye avec angoisse d'éviter le mot 'assimilation'. « L'assimilation a lieu de toutes façons. Je vis aux Pays-Bas et devient doucement un Néerlandais, c'est un fait » explique-t-il en néerlandais.
Ironiquement, une partie de la salle écoutait ce qu'il disait avec un casque pour avoir une traduction en français. Au fond de la salle se trouvaient un traducteur de néerlandais et de français. « La question n'est pas s'il y a assimilation ou pas, mais à quelle vitesse elle a lieu. » Aux Pays-Bas, raconte le sociologue, les groupes de populations se mélangent à peine. C'est ce qui ralentit le mélange des groupes. En Belgique c'est tout à fait différent.
Après le congrès, il explique un peu ses comparaisons. « Aux Pays-Bas, le mélange des gens de régions différentes est assez nouveau. Et je ne parle même pas des mariages avec les étrangers. » Les Français et les Belges sont « très exogames », et ont donc tendance à épouser des gens d'autres groupes et à avoir des enfants avec eux. « Cet état de fait est le résultat d'un processus sur plusieurs siècles, et qu'on ne peut pas changer d'un coup de baguette magique » explique-t-il avec détachement. « Il n'y a pas un modèle meilleur que les autres. Mais si on sait où on en est, on peut prévoir des politiques appropriées. »
Après le congrès, il explique un peu ses comparaisons. « Aux Pays-Bas, le mélange des gens de régions différentes est assez nouveau. Et je ne parle même pas des mariages avec les étrangers. » Les Français et les Belges sont « très exogames », et ont donc tendance à épouser des gens d'autres groupes et à avoir des enfants avec eux. « Cet état de fait est le résultat d'un processus sur plusieurs siècles, et qu'on ne peut pas changer d'un coup de baguette magique » explique-t-il avec détachement. « Il n'y a pas un modèle meilleur que les autres. Mais si on sait où on en est, on peut prévoir des politiques appropriées. »
Le fait que seuls 3% des Marocains des Pays-Bas épousent quelqu'un en dehors de leur groupe ne pas pas uniquement être uniquement expliqué par les fait que les Marocains ne veulent pas se mélanger. « C'est aussi en partie un problème néerlandais. » Car en France, environ un tiers des Marocains est exogame, et en Belgique on s'en approche.
Lors du congrès, il avait déjà dit ne pas comprendre que les Pays-Bas acceptent l'existence d'école 'noires' et 'blanches'. « La liberté de choix des parents est sacrée aux Pays-Bas. En Belgique aussi, d'ailleurs. Mais là il s'agit d'intérêt général. Nous devons nous demander dans quelle société nous voulons vivre dans trente ans. C'est ce que font les Belges avec ces assises. Si nous voulons une société mélangée, il va falloir se pencher sur la question des écoles. C'est le seul endroit où l'on apprend que l'on peut faire des choses ensemble. Ensuite, c'est trop tard. En ce qui concerne les Pays-Bas, nous avons déjà perdu une génération. »
Lors du congrès, il avait déjà dit ne pas comprendre que les Pays-Bas acceptent l'existence d'école 'noires' et 'blanches'. « La liberté de choix des parents est sacrée aux Pays-Bas. En Belgique aussi, d'ailleurs. Mais là il s'agit d'intérêt général. Nous devons nous demander dans quelle société nous voulons vivre dans trente ans. C'est ce que font les Belges avec ces assises. Si nous voulons une société mélangée, il va falloir se pencher sur la question des écoles. C'est le seul endroit où l'on apprend que l'on peut faire des choses ensemble. Ensuite, c'est trop tard. En ce qui concerne les Pays-Bas, nous avons déjà perdu une génération. »
La pluriformité des écoles joue un rôle essentiel dans le débat sur le voile en Belgique. C'est justement parce que l'Athénée d'Anvers voulait rester mélangée et ne voulait pas devenir une école musulmane qu'il a été décidé d'interdire le foulard. « Les Belges ont beaucoup d'ambition. S'ils trouvent une solution viable, cela va inspirer le reste de l'Europe. »
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’Belgen assimileren beter dan Nederlanders’

Trouw · 25 september 2009 · Leonoor Kuijk
(Cliquez sur l'image ci-dessus pour le texte original)
Ondanks hindernissen staat België er straks beter voor om buitenlanders in de samenleving op te nemen dan Nederland, denkt de Franse socioloog Laurent Chambon.
„Een hoofddoek is een rem op assimilatie. Iemand met een hoofddoek zegt: ’Ik ben niet beschikbaar voor niet-moslims’, terwijl iemand zonder hoofddoek aangeeft bereid te zijn te mengen”, zegt Laurent Chambon in een warm zaaltje in Brussel.
Chambon is een Franse socioloog die sinds 1998 in Nederland woont. Sinds 2006 zit hij voor de Partij van de Arbeid in de stadsdeelraad van Amsterdam Oud-Zuid. Voor de Universiteit van Poitiers werkt hij mee aan een project over migrantenmedia.
Hij was deze week een van de sprekers op een congres over het bevorderen van de ’interculturaliteit’ in België. Het congres is een van de eerste in een reeks debatten die de Belgische regering het komende half jaar heeft georganiseerd om te bekijken wat de voorwaarden zijn voor een open, pluriforme samenleving.
Dat zulke ’Rondetafels’ er zouden komen, stond in het regeerakkoord van maart 2008. Maar ze begonnen pas deze week omdat de overheid ze na de parlementsverkiezingen voor het Vlaamse en Waalse parlement heeft willen houden. Die waren in juni. Anders zou het onderwerp te zeer worden gepolitiseerd, legde de minister Joelle Milquet van werk en gelijke kansen uit.
Maar inmiddels is het thema integratie net zo politiek gevoelig. Alle sprekers benadrukken dat ze het niet over hoofddoeken willen hebben, omdat dit de discussie versmalt. Tegelijk kan niemand om het onderwerp heen. De demonstraties en discussies die volgden op een hoofddoekverbod op twee Antwerpse athenea zijn nog te vers.
Laurent Chambon is gevraagd de aanwezigen te voeden met zijn ervaringen in de twee buurlanden. Hij toont zich licht geamuseerd dat de Belgische overheid het woord ’assimilatie’ angstvallig vermijdt. „Assimilatie gebeurt hoe dan ook. Ik woon in Nederland en word langzamerhand een Nederlander, dat is een feit”, vertelt hij in het Nederlands.
Ironisch genoeg luistert een deel van de zaal via de koptelefoon naar de Franse vertaling. Achterin de zaal zitten een Nederlandse en een Franse tolk. „De vraag is niet óf er assimilatie zal plaats hebben, maar met welke snelheid.” In Nederland, zo vertelt de socioloog, mengen de bevolkingsgroepen zich nauwelijks. Daardoor verloopt de samensmelting van groepen traag. In België ligt dat anders.
Na het congres werkt hij zijn vergelijking nog wat uit. „In Nederland is zelfs het mengen van mensen uit verschillende regio’s vrij nieuw. Dan praat ik niet van huwen met buitenlanders.” Fransen en Belgen zijn ’zeer exogaam’, dus geneigd tot trouwen en kinderen krijgen met mensen uit een andere groep. „Dat mensen zo zijn, is een proces van eeuwen, dat kun je niet zomaar veranderen”, zegt hij nuchter. „Het een is niet beter dan het ander. Maar als je weet waar je staat, weet je ook hoe je beleid moet maken”.
Dat in Nederland slechts 3 procent van de Marokkanen buiten de eigen groep trouwt, kun je volgens hem niet alleen gooien op de stelling dat de Marokkanen niet willen mengen. „Het heeft ook veel met de Nederlanders zelf te maken.” Want in Frankrijk mengt ongeveer een derde van de Marokkanen en in België ligt dat getal niet veel lager.
Op het congres had hij al gezegd hoe onbegrijpelijk hij het vindt dat Nederland accepteert dat er ’witte’ en ’zwarte’ scholen zijn. „De keuzevrijheid van de ouders is in Nederland heilig. In België trouwens ook. Maar je hebt ook het algemeen belang. Je moet je afvragen welke samenleving we over dertig jaar willen. Dat doen de Belgen met deze ’Rondetafels’. Als we een gemengde samenleving willen, moeten we naar de scholen kijken. Dat is de enige plek waar je leert dat je dingen samen kunt doen. Daarna is het te laat. Wat dat betreft is in Nederland alweer een generatie verspeeld.”
In het hoofddoekdebat in België speelt de pluriformiteit van de scholen een belangrijke rol. Juist omdat het Antwerps Atheneum gemengd wilde blijven en geen moslimschool wilde worden, besloot het de hoofddoek te verbieden. „De Belgen zijn heel ambitieus. Als zij oplossingen vinden, kan de rest van Europa daar zijn voordeel mee doen.”
Ondanks hindernissen staat België er straks beter voor om buitenlanders in de samenleving op te nemen dan Nederland, denkt de Franse socioloog Laurent Chambon.
„Een hoofddoek is een rem op assimilatie. Iemand met een hoofddoek zegt: ’Ik ben niet beschikbaar voor niet-moslims’, terwijl iemand zonder hoofddoek aangeeft bereid te zijn te mengen”, zegt Laurent Chambon in een warm zaaltje in Brussel.
Chambon is een Franse socioloog die sinds 1998 in Nederland woont. Sinds 2006 zit hij voor de Partij van de Arbeid in de stadsdeelraad van Amsterdam Oud-Zuid. Voor de Universiteit van Poitiers werkt hij mee aan een project over migrantenmedia.
Hij was deze week een van de sprekers op een congres over het bevorderen van de ’interculturaliteit’ in België. Het congres is een van de eerste in een reeks debatten die de Belgische regering het komende half jaar heeft georganiseerd om te bekijken wat de voorwaarden zijn voor een open, pluriforme samenleving.
Dat zulke ’Rondetafels’ er zouden komen, stond in het regeerakkoord van maart 2008. Maar ze begonnen pas deze week omdat de overheid ze na de parlementsverkiezingen voor het Vlaamse en Waalse parlement heeft willen houden. Die waren in juni. Anders zou het onderwerp te zeer worden gepolitiseerd, legde de minister Joelle Milquet van werk en gelijke kansen uit.
Maar inmiddels is het thema integratie net zo politiek gevoelig. Alle sprekers benadrukken dat ze het niet over hoofddoeken willen hebben, omdat dit de discussie versmalt. Tegelijk kan niemand om het onderwerp heen. De demonstraties en discussies die volgden op een hoofddoekverbod op twee Antwerpse athenea zijn nog te vers.
Laurent Chambon is gevraagd de aanwezigen te voeden met zijn ervaringen in de twee buurlanden. Hij toont zich licht geamuseerd dat de Belgische overheid het woord ’assimilatie’ angstvallig vermijdt. „Assimilatie gebeurt hoe dan ook. Ik woon in Nederland en word langzamerhand een Nederlander, dat is een feit”, vertelt hij in het Nederlands.
Ironisch genoeg luistert een deel van de zaal via de koptelefoon naar de Franse vertaling. Achterin de zaal zitten een Nederlandse en een Franse tolk. „De vraag is niet óf er assimilatie zal plaats hebben, maar met welke snelheid.” In Nederland, zo vertelt de socioloog, mengen de bevolkingsgroepen zich nauwelijks. Daardoor verloopt de samensmelting van groepen traag. In België ligt dat anders.
Na het congres werkt hij zijn vergelijking nog wat uit. „In Nederland is zelfs het mengen van mensen uit verschillende regio’s vrij nieuw. Dan praat ik niet van huwen met buitenlanders.” Fransen en Belgen zijn ’zeer exogaam’, dus geneigd tot trouwen en kinderen krijgen met mensen uit een andere groep. „Dat mensen zo zijn, is een proces van eeuwen, dat kun je niet zomaar veranderen”, zegt hij nuchter. „Het een is niet beter dan het ander. Maar als je weet waar je staat, weet je ook hoe je beleid moet maken”.
Dat in Nederland slechts 3 procent van de Marokkanen buiten de eigen groep trouwt, kun je volgens hem niet alleen gooien op de stelling dat de Marokkanen niet willen mengen. „Het heeft ook veel met de Nederlanders zelf te maken.” Want in Frankrijk mengt ongeveer een derde van de Marokkanen en in België ligt dat getal niet veel lager.
Op het congres had hij al gezegd hoe onbegrijpelijk hij het vindt dat Nederland accepteert dat er ’witte’ en ’zwarte’ scholen zijn. „De keuzevrijheid van de ouders is in Nederland heilig. In België trouwens ook. Maar je hebt ook het algemeen belang. Je moet je afvragen welke samenleving we over dertig jaar willen. Dat doen de Belgen met deze ’Rondetafels’. Als we een gemengde samenleving willen, moeten we naar de scholen kijken. Dat is de enige plek waar je leert dat je dingen samen kunt doen. Daarna is het te laat. Wat dat betreft is in Nederland alweer een generatie verspeeld.”
In het hoofddoekdebat in België speelt de pluriformiteit van de scholen een belangrijke rol. Juist omdat het Antwerps Atheneum gemengd wilde blijven en geen moslimschool wilde worden, besloot het de hoofddoek te verbieden. „De Belgen zijn heel ambitieus. Als zij oplossingen vinden, kan de rest van Europa daar zijn voordeel mee doen.”
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jeudi 24 septembre 2009
« Les Belges assimilent les étrangers en faisant des enfants avec eux »

Le Soir · Lundi 21 septembre · William Bourtin, Olivier Mouton
Comment « promouvoir une société interculturelle ouverte, riche, forte, respectueuse des différences et de la pluralité des religions et mouvements philosophiques » ? Tel est l’objet officiel des Assises de l’interculturalité, qui ouvrent leurs travaux cette semaine – pour six mois –, à l’initiative de la ministre de l’Egalité des chances Joëlle Milquet (CDH).
L’un des premiers chercheurs invités est le sociologue français Laurent Chambon. Il vit aux Pays-Bas depuis 1998 et, depuis mars 2006, siège au conseil municipal d’Amsterdam sur les bancs du Partij van de Arbeid, le parti social-démocrate. Un double « vécu » qui lui permet d’évoquer « de l’intérieur » les deux grands modèles d’intégration européens.
Vous êtes un enfant de l’école républicaine française. Quel jugement portez-vous sur ce modèle d’intégration, qui tend à gommer les particularismes dès les bancs de la communale ?
J’ai effectivement été à l’école républicaine française ; mes parents venaient de la province profonde où ils parlaient à peine français… Je suis donc le produit de cette école et, en effet, ça marche. Mais cela suffit-il à faire une société harmonieuse ? Non. La société française s’est transformée en fonction de ce que l’école républicaine a produit – des langues régionales et des accents ont disparu… – mais ça s’est arrêté là. Elle n’a pas du tout garanti l’accès à l’élite, qui reste réservée aux hommes blancs de plus de 50 ans. Il n’y a pas eu de mélange au sommet de la société.
Certains n’ont pas hésité à affirmer que les émeutes en banlieues étaient une conséquence de ce modèle, « qui nie les différences culturelles »…
Quoi qu’on dise, les émeutes dans les banlieues françaises ne sont pas des émeutes ethniques mais des émeutes sociales. Elles sont marquées ethniquement parce que les gens sont mélangés. En gros : un tiers est d’origine africaine, un tiers d’origine maghrébine et un dernier tiers d’origine « gauloise », comme on dit en France. Cela paraît assez paradoxal mais les émeutes ont réussi – au sens sociologique du terme – parce que justement, les gens étaient mélangés et intégrés. Pour réussir des émeutes, il faut arriver à mobiliser une base. Et elle était mobilisable parce que, en gros, elle n’était pas ethniquement séparée ; les gens étaient ensemble quelle que soit leur origine ethnique. Aux Pays-Bas, on a très peu d’émeutes parce que les groupes ne vont pas se mélanger les uns avec les autres ; ils vont se mobiliser dans leur groupe. Les émeutes, c’est un peu la rançon du succès de l’intégration à la française. C’est aussi le signe que la distance entre les élites et le peuple est très grande et que les gens du bas de l’échelle sont complètement frustrés et désespérés.
Parlez-nous de ce modèle hollandais que vous connaissez bien.
Pour des raisons historiques – essentiellement religieuses –, les Pays-Bas ont décidé très tôt de faire de la place pour les groupes ethniques différents. Mais le modèle néerlandais, c’est de vivre ensemble séparés. C’est ce qui se passait déjà avec les protestants et les catholiques ; c’est encore plus fort pour les groupes ethniques actuels. Dans les faits, on a un apartheid aux Pays-Bas. Les Marocains, les Turcs, les Hollandais blancs, les Surinamiens… chacun vit de son côté. Donc, on « se fout » du voile puisque, de toute façon, on ne se mélange pas. Cela dit, aux Pays-Bas, si les gens ne se mélangent pas ils ont tout de même accès à l’élite politique.
Depuis quelques années, ce modèle montre aussi ses limites…
Effectivement. Il y a quelques jours, Geert Wilders (parlementaire de droite, fondateur du Partij voor de Vrijheid, NDLR) a proposé de créer une taxe sur le voile. Il ne l’avouera jamais mais il s’inspire lourdement de Dewinter (Vlaams Belang) et de Le Pen (FN). Même s’il ne recourt pas forcément au modèle d’extrême droite classique – il n’est ni raciste, ni homophobe, ni sexiste – il utilise les mêmes techniques culturelles. Bizarrement, il s’agit un peu de la normalisation des Pays-Bas. En effet, tous les pays d’Europe ont leur extrême droite…
Au-delà de Wilders, le modèle hollandais est selon moi un échec complet. A long terme, pour qu’un modèle marche, il n’y a pas de secret : il faut que les gens s’assimilent. Cela ne veut pas dire qu’ils disparaissent, cela veut dire qu’ils se mélangent avec les gens qui étaient déjà là et qu’ensemble, ils forment une nouvelle culture. Les Pays-Bas ont opté pour le séparatisme ; cela ne fait que repousser le modèle de l’intégration de quelques générations.
Comment jugez-vous le modèle britannique ? Après avoir longtemps affiché une très grande tolérance vis-à-vis de toutes les opinions – y compris les plus extrémistes – les Britanniques ont sensiblement « serré la vis »…
Comme les Hollandais, les Anglais ont une longue tradition de tolérance politique. Ils ont d’ailleurs un peu le même modèle : une espèce de guerre froide sans nom. Ils ont dès lors été très choqués de la tournure des événements : « On leur laisse faire ce qu’ils veulent et ils nous tuent ! » (Allusion aux attentats dans le métro londonien de juillet 2005, NDLR). Je ne sais pas comment cela va évoluer – leur système électoral fait qu’il est très difficile pour l’extrême droite de percer – mais je sais que cela va chauffer. On assiste d’ailleurs régulièrement là-bas à de véritables émeutes ethniques, et non des émeutes sociales comme en France : un groupe contre un autre, les Indo-Pakistanais contre les blancs, etc.
D’aucuns soutiennent que les revendications identitaires à caractère religieux – comme le port du voile ou la burka, par exemple – sont la conséquence de frustrations de nature sociale. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai, mais pas à cent pour cent – et ce fut pour moi une surprise et même une déception de le découvrir car j’aime bien les explications « socialisantes ». Mais la réalité est un peu plus compliquée, dans le sens où il y a des cultures familiales qui se prêtent à la tolérance et à l’intégration et d’autres pas.
En gros, si vous venez d’une famille qui est déjà tolérante, quelle que soit votre origine, cela va sans doute bien se passer, vous allez vous mélanger avec d’autres gens. En revanche, si vous venez d’une culture intolérante, quelle que soit votre origine à nouveau, vous risquez de rester intolérant, voire de vous radicaliser. A cela, s’ajoutent d’autres éléments : classe sociale, niveau d’études, etc. Mais il y a aussi la culture familiale et les liens sociaux, qui empêchent les gens de faire ce qu’ils veulent.
C’est un peu une surprise pour les sociologues : on pensait que cela ne jouait aucun rôle, mais c’est faux : cela joue au contraire un rôle très important.
Quand des sociétés très conservatrices sont transplantées en Europe occidentale, qui a effectué un long et pénible chemin sur ces questions, cela ne va donc pas forcément se passer très bien ni très rapidement.
Le débat sur le port du voile à l’école agite actuellement la Belgique. Comment expliquer ces réactions épidermiques ?
La Belgique correspond à un modèle anthropologique qui ressemble à celui de la France : un modèle d’assimilation par exogamie. En gros, cela veut dire qu’on épouse les gens d’un groupe ethnique différent.
Pour aller un peu vite, quoi qu’on dise, les Belges sont en train d’assimiler les étrangers en faisant des enfants avec eux. Les chiffres d’inter-mariages y sont quasiment aussi élevés qu’en France. Ce qui signifie que les Belges du futur auront absorbé les migrations. Ce n’est pas du tout le cas des Pays-Bas. A titre d’exemple, les Marocains ont désormais un taux d’exogamie au-delà du tiers en France, contre 3 % seulement aux Pays-Bas.
Dans les pays où l’exogamie est forte, comme la Belgique, on s’attend à ce que les migrants vont en fait « épouser les Belges ». Mais quand on met un voile, on dit : « Je me garde uniquement pour quelqu’un qui est musulman. » Or, les Belges « blancs » musulmans, il n’y en a pas beaucoup, malgré quelques conversions… Donc, en gros, on dit : « Je me réserve à quelqu’un de ma communauté ; je ferme la porte à l’assimilation par mariage. » C’est évidemment très inconscient : les gens ne vont pas parler d’exogamie comme ça, dans la rue…
La Belgique veut donc bien assimiler les gens en les intégrant mais d’un autre côté, on s’attend à ce que les gens fassent un effort dans l’autre sens. Le degré d’irritation est en fait proportionnel au degré d’intégration : plus la société intègre, plus la société sera irritée par les manifestations de voile.
Ce n’est donc pas forcément une preuve de racisme – même s’il y a quelque fois de l’islamophobie là-dessous –, c’est plutôt une irritation vis-à-vis d’un modèle.
Paradoxalement, l’irritation du voile, c’est la rançon du succès de l’intégration à la belge.
Quelle est votre position par rapport à l’interdiction du port du voile à l’école ?
Je pense que c’est au politique de faire un choix. Et ce choix doit être celui la neutralité, ou du moins l’absence totale de favoritisme. Sinon, cela se passe mal. Si je prends le cas de la France, ce n’est pas l’interdiction du voile qui m’ennuie, c’est le manque de neutralité de l’école. Comme vous le savez, l’interdiction du voile vient de la commission Statsi (commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité mise en place en 2003 par le président Chirac, NDLR). Mais à l’époque, celle-ci avait dit : « D’un côté on interdit tous les signes ostentatoires mais de l’autre, on va faire des efforts par rapport aux jours de congés ou aux modèles alimentaires dans les cantines pour les musulmans et les juifs. » Mais dans les faits, on a interdit le voile et tout le reste est passé à la trappe. Cela me pose un problème.
_________________
Une nouvelle grand-messe ?
Un lieu solennel : le Palais des Académies à Bruxelles, à deux pas du Palais royal. Une première après-midi de débat en présence, notamment, de Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la ville en France. Les Assises de l’interculturalité, voulues par la ministre fédérale de l’Egalité des chances Joëlle Milquet (CDH), débutent ce lundi. Un moment important de réflexion alors que le sujet est brûlant, comme en témoigne le nouveau débat sur le voile ? Ou une grand-messe de plus, comme le craignent certains, quatre ans après les conclusions de la Commission du dialogue interculturel ? Le processus, à tout le moins, doit déboucher sur un rapport final en septembre 2010. Suivi, cette fois, de décisions ?
PRATIQUE
- Le mardi 22 septembre, à 20h15, Laurent Chambon donnera une conférence à l’Union des progressistes Juifs de Belgique, sur le thème : « Grandeur et décadence du multiculturalisme aux Pays-Bas ». A l’UPJB : rue de la Victoire, 61 – 1060 Bruxelles.
- Le mercredi 23 septembre, à 12h30, aux Assises de l’interculturalité, il donnera une conférence sur le thème « L’interculturalité en Belgique entre France et Pays-Bas : similitudes et singularité ». A la Casa de Asturias : rue Saint-Laurent, 36-38 – 1000 Bruxelles. Inscription souhaitée via le site www.diversite.be/interculturalite.
Comment « promouvoir une société interculturelle ouverte, riche, forte, respectueuse des différences et de la pluralité des religions et mouvements philosophiques » ? Tel est l’objet officiel des Assises de l’interculturalité, qui ouvrent leurs travaux cette semaine – pour six mois –, à l’initiative de la ministre de l’Egalité des chances Joëlle Milquet (CDH).
L’un des premiers chercheurs invités est le sociologue français Laurent Chambon. Il vit aux Pays-Bas depuis 1998 et, depuis mars 2006, siège au conseil municipal d’Amsterdam sur les bancs du Partij van de Arbeid, le parti social-démocrate. Un double « vécu » qui lui permet d’évoquer « de l’intérieur » les deux grands modèles d’intégration européens.
Vous êtes un enfant de l’école républicaine française. Quel jugement portez-vous sur ce modèle d’intégration, qui tend à gommer les particularismes dès les bancs de la communale ?
J’ai effectivement été à l’école républicaine française ; mes parents venaient de la province profonde où ils parlaient à peine français… Je suis donc le produit de cette école et, en effet, ça marche. Mais cela suffit-il à faire une société harmonieuse ? Non. La société française s’est transformée en fonction de ce que l’école républicaine a produit – des langues régionales et des accents ont disparu… – mais ça s’est arrêté là. Elle n’a pas du tout garanti l’accès à l’élite, qui reste réservée aux hommes blancs de plus de 50 ans. Il n’y a pas eu de mélange au sommet de la société.
Certains n’ont pas hésité à affirmer que les émeutes en banlieues étaient une conséquence de ce modèle, « qui nie les différences culturelles »…
Quoi qu’on dise, les émeutes dans les banlieues françaises ne sont pas des émeutes ethniques mais des émeutes sociales. Elles sont marquées ethniquement parce que les gens sont mélangés. En gros : un tiers est d’origine africaine, un tiers d’origine maghrébine et un dernier tiers d’origine « gauloise », comme on dit en France. Cela paraît assez paradoxal mais les émeutes ont réussi – au sens sociologique du terme – parce que justement, les gens étaient mélangés et intégrés. Pour réussir des émeutes, il faut arriver à mobiliser une base. Et elle était mobilisable parce que, en gros, elle n’était pas ethniquement séparée ; les gens étaient ensemble quelle que soit leur origine ethnique. Aux Pays-Bas, on a très peu d’émeutes parce que les groupes ne vont pas se mélanger les uns avec les autres ; ils vont se mobiliser dans leur groupe. Les émeutes, c’est un peu la rançon du succès de l’intégration à la française. C’est aussi le signe que la distance entre les élites et le peuple est très grande et que les gens du bas de l’échelle sont complètement frustrés et désespérés.
Parlez-nous de ce modèle hollandais que vous connaissez bien.
Pour des raisons historiques – essentiellement religieuses –, les Pays-Bas ont décidé très tôt de faire de la place pour les groupes ethniques différents. Mais le modèle néerlandais, c’est de vivre ensemble séparés. C’est ce qui se passait déjà avec les protestants et les catholiques ; c’est encore plus fort pour les groupes ethniques actuels. Dans les faits, on a un apartheid aux Pays-Bas. Les Marocains, les Turcs, les Hollandais blancs, les Surinamiens… chacun vit de son côté. Donc, on « se fout » du voile puisque, de toute façon, on ne se mélange pas. Cela dit, aux Pays-Bas, si les gens ne se mélangent pas ils ont tout de même accès à l’élite politique.
Depuis quelques années, ce modèle montre aussi ses limites…
Effectivement. Il y a quelques jours, Geert Wilders (parlementaire de droite, fondateur du Partij voor de Vrijheid, NDLR) a proposé de créer une taxe sur le voile. Il ne l’avouera jamais mais il s’inspire lourdement de Dewinter (Vlaams Belang) et de Le Pen (FN). Même s’il ne recourt pas forcément au modèle d’extrême droite classique – il n’est ni raciste, ni homophobe, ni sexiste – il utilise les mêmes techniques culturelles. Bizarrement, il s’agit un peu de la normalisation des Pays-Bas. En effet, tous les pays d’Europe ont leur extrême droite…
Au-delà de Wilders, le modèle hollandais est selon moi un échec complet. A long terme, pour qu’un modèle marche, il n’y a pas de secret : il faut que les gens s’assimilent. Cela ne veut pas dire qu’ils disparaissent, cela veut dire qu’ils se mélangent avec les gens qui étaient déjà là et qu’ensemble, ils forment une nouvelle culture. Les Pays-Bas ont opté pour le séparatisme ; cela ne fait que repousser le modèle de l’intégration de quelques générations.
Comment jugez-vous le modèle britannique ? Après avoir longtemps affiché une très grande tolérance vis-à-vis de toutes les opinions – y compris les plus extrémistes – les Britanniques ont sensiblement « serré la vis »…
Comme les Hollandais, les Anglais ont une longue tradition de tolérance politique. Ils ont d’ailleurs un peu le même modèle : une espèce de guerre froide sans nom. Ils ont dès lors été très choqués de la tournure des événements : « On leur laisse faire ce qu’ils veulent et ils nous tuent ! » (Allusion aux attentats dans le métro londonien de juillet 2005, NDLR). Je ne sais pas comment cela va évoluer – leur système électoral fait qu’il est très difficile pour l’extrême droite de percer – mais je sais que cela va chauffer. On assiste d’ailleurs régulièrement là-bas à de véritables émeutes ethniques, et non des émeutes sociales comme en France : un groupe contre un autre, les Indo-Pakistanais contre les blancs, etc.
D’aucuns soutiennent que les revendications identitaires à caractère religieux – comme le port du voile ou la burka, par exemple – sont la conséquence de frustrations de nature sociale. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai, mais pas à cent pour cent – et ce fut pour moi une surprise et même une déception de le découvrir car j’aime bien les explications « socialisantes ». Mais la réalité est un peu plus compliquée, dans le sens où il y a des cultures familiales qui se prêtent à la tolérance et à l’intégration et d’autres pas.
En gros, si vous venez d’une famille qui est déjà tolérante, quelle que soit votre origine, cela va sans doute bien se passer, vous allez vous mélanger avec d’autres gens. En revanche, si vous venez d’une culture intolérante, quelle que soit votre origine à nouveau, vous risquez de rester intolérant, voire de vous radicaliser. A cela, s’ajoutent d’autres éléments : classe sociale, niveau d’études, etc. Mais il y a aussi la culture familiale et les liens sociaux, qui empêchent les gens de faire ce qu’ils veulent.
C’est un peu une surprise pour les sociologues : on pensait que cela ne jouait aucun rôle, mais c’est faux : cela joue au contraire un rôle très important.
Quand des sociétés très conservatrices sont transplantées en Europe occidentale, qui a effectué un long et pénible chemin sur ces questions, cela ne va donc pas forcément se passer très bien ni très rapidement.
Le débat sur le port du voile à l’école agite actuellement la Belgique. Comment expliquer ces réactions épidermiques ?
La Belgique correspond à un modèle anthropologique qui ressemble à celui de la France : un modèle d’assimilation par exogamie. En gros, cela veut dire qu’on épouse les gens d’un groupe ethnique différent.
Pour aller un peu vite, quoi qu’on dise, les Belges sont en train d’assimiler les étrangers en faisant des enfants avec eux. Les chiffres d’inter-mariages y sont quasiment aussi élevés qu’en France. Ce qui signifie que les Belges du futur auront absorbé les migrations. Ce n’est pas du tout le cas des Pays-Bas. A titre d’exemple, les Marocains ont désormais un taux d’exogamie au-delà du tiers en France, contre 3 % seulement aux Pays-Bas.
Dans les pays où l’exogamie est forte, comme la Belgique, on s’attend à ce que les migrants vont en fait « épouser les Belges ». Mais quand on met un voile, on dit : « Je me garde uniquement pour quelqu’un qui est musulman. » Or, les Belges « blancs » musulmans, il n’y en a pas beaucoup, malgré quelques conversions… Donc, en gros, on dit : « Je me réserve à quelqu’un de ma communauté ; je ferme la porte à l’assimilation par mariage. » C’est évidemment très inconscient : les gens ne vont pas parler d’exogamie comme ça, dans la rue…
La Belgique veut donc bien assimiler les gens en les intégrant mais d’un autre côté, on s’attend à ce que les gens fassent un effort dans l’autre sens. Le degré d’irritation est en fait proportionnel au degré d’intégration : plus la société intègre, plus la société sera irritée par les manifestations de voile.
Ce n’est donc pas forcément une preuve de racisme – même s’il y a quelque fois de l’islamophobie là-dessous –, c’est plutôt une irritation vis-à-vis d’un modèle.
Paradoxalement, l’irritation du voile, c’est la rançon du succès de l’intégration à la belge.
Quelle est votre position par rapport à l’interdiction du port du voile à l’école ?
Je pense que c’est au politique de faire un choix. Et ce choix doit être celui la neutralité, ou du moins l’absence totale de favoritisme. Sinon, cela se passe mal. Si je prends le cas de la France, ce n’est pas l’interdiction du voile qui m’ennuie, c’est le manque de neutralité de l’école. Comme vous le savez, l’interdiction du voile vient de la commission Statsi (commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité mise en place en 2003 par le président Chirac, NDLR). Mais à l’époque, celle-ci avait dit : « D’un côté on interdit tous les signes ostentatoires mais de l’autre, on va faire des efforts par rapport aux jours de congés ou aux modèles alimentaires dans les cantines pour les musulmans et les juifs. » Mais dans les faits, on a interdit le voile et tout le reste est passé à la trappe. Cela me pose un problème.
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Une nouvelle grand-messe ?
Un lieu solennel : le Palais des Académies à Bruxelles, à deux pas du Palais royal. Une première après-midi de débat en présence, notamment, de Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la ville en France. Les Assises de l’interculturalité, voulues par la ministre fédérale de l’Egalité des chances Joëlle Milquet (CDH), débutent ce lundi. Un moment important de réflexion alors que le sujet est brûlant, comme en témoigne le nouveau débat sur le voile ? Ou une grand-messe de plus, comme le craignent certains, quatre ans après les conclusions de la Commission du dialogue interculturel ? Le processus, à tout le moins, doit déboucher sur un rapport final en septembre 2010. Suivi, cette fois, de décisions ?
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- Le mardi 22 septembre, à 20h15, Laurent Chambon donnera une conférence à l’Union des progressistes Juifs de Belgique, sur le thème : « Grandeur et décadence du multiculturalisme aux Pays-Bas ». A l’UPJB : rue de la Victoire, 61 – 1060 Bruxelles.
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lundi 21 septembre 2009
Bel RTL, Le Soir...
Je viens de donner une interview à Bel RTL, ça passera demain matin en boucle au journal. D'après ce que j'ai lu, mon interview pour Le Soir est sortie dans l'édition de ce lundi. J'ai demandé à des amis de me l'acheter...
vendredi 18 septembre 2009
Bilan pré-électoral

Demain j'ai rendez-vous avec la commission du parti travailliste chargée de façonner la liste de candidats pour les prochaines élections dans l'arrondissement du Midi. On m'a conseillé de faire une liste des choses que j'ai poussées et qui ont été réalisées pendant ces trois dernières années, histoire de voir où j'en suis. La plupart des projets réalisés l'ont été soit parce que l'échevin chargé du dossier s'en est personnellement occupé (je préfère un échevin qui s'active qu'une forêt de textes signés par moi qui ne sont jamais appliqués), soit parce que j'ai eu une unanimité au Conseil après un travail d'équipe avec des collègues (quelque chose que je trouve très important). Une check list provisoire...
Économie
- Un fond d'aide juridique pour les entrepreneurs victimes de la spéculation immobilière (✔)
- Un bureau d'aide aux entrepreneurs qui ont des problèmes avec la bureaucratie (✔)
- Une étude sur les visiteurs du marché et leur niveau de satisfaction (✔)
- Promotion multilingue du quartier et de son économie (✔ réalisation laisse à désirer)
- Fête de la musique (✔)
- Aide structurelle pour les paysans venant promouvoir leurs produits sur un marché de proximité (✔)
- Choix pour l'open source sur le parc informatique quand c'est possible (✔)
- Une remise à plat du fonctionnement du marché (✘)
- Système collectif de wifi pour les habitants et les visiteurs (✘)
Mobilité
- Remplacement structurel des véhicules de l'arrondissement à essence par des véhicules électrique (✔)
- Mise en place de garages à vélo gratuits dans les endroits denses (✔)
- Bornes de rechargement pour les scooters électriques (✔)
- Rues passantes avec tram, sans voitures (✔ reste à réaliser)
- Étude sur le transport des marchandises sur l'eau (✔ en attente)
- L'équivalent local du Pédibus (fietsbus) (✘)
- Hygiène exemplaire dans les cafés et restaurants (✘)
Environnement
- Le nettoyage quotidien des rues autour du marché (✔)
- Subsides pour des toits verts (✔)
- Aide aux habitants pour les jardins intérieurs et jardins de trottoirs (✔)
- Une note sur le bien-être des animaux à prendre en compte structurellement par les fonctionnaires (✔)
- Meilleur contrôle des terrasses et des cafés (✔ mais lent à mettre en place)
- Trias Energetica systématique pour l'arrondissement (✔)
- Aide et avis aux entrepreneurs pour une utilisation efficace de l'énergie (✔)
- Discussion systématique avec les opérateurs télécom et les coopératives locatives pour diminuer l'impact des antennes UMTS (✔)
- Limitation des niveaux sonores des événements dans les quartiers denses (✔)
- Encourager les cafés à remplacer les terrasses chauffées par des solutions créatives (✔ mais succès mitigé)
- Politique de lutte contre la pollution lumineuse (doit encore avoir lieu au niveau de la ville centrale)
- Plus de poubelles dans les quartiers denses (en cours)
- Des toilettes publiques nombreuses et propres (✘)
- Un système stimulant la socialisation des chiens pour réduire les crottes dans la rue (✘)
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Voile de l'absurde

Après les déclarations ridicules de Wilders sur le voile, j'ai suivi l'exemple de Natasha et ai décidé de me voiler en ligne. Tout le monde devrait avoir le droit de s'habiller comme il/elle l'entend, même si cela ne plaît pas aux autres. Le voile est un symbole de soumission sexuelle, tout comme les minijupes, les vêtements trop serrés, les talons aiguilles et le maquillage. On hurle quand une journaliste est condamnée pour avoir porté des pantalons dans un pays lointain, alors lorsqu'une fausse blonde veut imposer ici une taxe sur le foulard, je pense qu'il est temps de réagir. Il ne s'agit pas de se battre pour le foulard, mais pour que le choix de chacun reste personnel. On ne veut pas que les hommes imposent aux femmes de porter un foulard, mais on ne devrait pas vouloir que d'autres hommes leur imposent de l'enlever.
jeudi 17 septembre 2009
Dans Le Soir
Tout à l'heure, j'ai donné une longue interview au quotidien belge Le Soir sur l'intégration. Cela devrait paraître ce ouiquenne ou lundi, en tous cas avant les conférences auxquelles je vais assister à Bruxelles mardi et mercredi. Je suis vraiment curieux de voir le résultat final...
La facture

J'adore la couverture de l'Intermediair n°38 de cette semaine, "spécial gouvernement" avec la facture de la crise de crédit. On y voit une facture standard. Client: toi. Total: 119.650.000.000 euros. Email: wouterbos@puitsansfond.eu. C'est un très bon résumé de la suite: maintenant c'est à nous de payer la facture. J'aimerais être optimiste, pour changer, mais là je sens la grosse remise à niveau. D'après ce que je lis dans la presse américaine, on n'a pas fini de la payer, cette sacrée facture. Alors les cadres qui trouvent que la Norme Balkenende (en gros: il faut être vraiment sacrément compétent pour gagner plus que le premier ministre) est trop restrictive et « tue leur créativité », je pense que soit ils veulent se goinfrer avant que le Peuple ne se révolte, soit ils n'ont vraiment rien compris...
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